Campagne 2019/2020 : Les enjeux du secteur oléicole

Forêt d’oliviers à Jaén, Andalousie. novembre 2018.

La Tunisie, la Grèce, l’Italie et le Portugal devraient voir leur production augmenter tandis que la récolte espagnole devrait diminuer de 25%, ce qui représente 1,36 million de tonnes. 

L’Europe, qui produit un huitième des céréales mondiales, deux tiers du vin à l’échelle du Globe et trois quarts de son huile d’olive, doit adapter son secteur agricole pour faire face aux changements climatiques.


LA RÉCOLTE 2019/2020 EN CHIFFRES

LES TENDANCES À LA HAUSSE

Bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer les données définitives sur la production d’huile d’olive de la campagne 2019-2020, il convient de souligner l’augmentation en volume des pays méditerranéens. La Tunisie verra sa récolte tripler par rapport à l’année précédente pour atteindre 370.000 tonnes et  la Grèce augmentera de 50% pour atteindre 295.000 tonnes. La reprise de l’Italie qui a réussi à doubler sa faible production par rapport à la campagne précédente et a atteint 360.000 tonnes, tandis que le Portugal peut atteindre 135.000 tonnes et l’Algérie : 90 000 tonnes.

« Malgré les épisodes climatiques extrêmes (en particulier dans le Nord) et les problèmes encore non résolus tels que Xylella dans le Salento qui pèsent lourdement sur l’ensemble de la filière la tendance de la campagne 2019-2020 est positive; La production s’élève cette année à 300 000 tonnes, réparties inégalement le long de la péninsule. Les régions du sud, en particulier les Pouilles, qui représentent à elles seules près de 60% la production nationale, sont en plein renouveau. La Calabre, la Basilicata, la Sardaigne et Campania se portent également bien. De même pour les Marches, les Abruzzes et le Molise au Centre; Par contre la tendance est négative pour le Latium, la Toscane, l’Ombrie et l’Emilia Romagna; Le Nord souffre. » Nous confie Marco Oreggia, Journaliste et critique gastronomique et œnologique, Auteur du guide Flos Olei.

Outre les pays méditerranéens, il faut également noter l’augmentation de la production dans des pays comme l’Argentine, qui représente 40 000 tonnes, la Jordanie qui atteindra 29 000 tonnes, l’Australie avec 22 000 tonnes et le Chili avec 20 000 tonnes.

LES TENDANCES À LA BAISSE

L’augmentation de la production dans les pays mentionnés ci-dessus compensera globalement la baisse de la récolte espagnole, qui est en grande partie due à la sécheresse. Le consultant Juan Vilar assure que “la production espagnole diminuera d’environ 25% pour atteindre 1,36 million de tonnes contre 1,8 million de tonnes récoltées l’an dernier. Ainsi, la récolte mondiale pourrait augmenter d’un peu plus de 3% pour atteindre 3,29 millions de tonnes ».

Cependant, l’Espagne n’est pas le seul pays à connaître une baisse de sa production. C’est également arrivé à la Turquie, qui pourrait représenter 180 000 tonnes, soit 20 000 tonnes de plus que ce que produira le Maroc, qui en représentera à nouveau 80 000 tonnes.

D’après le Dr Noureddine OUAZZANI Fondateur et Responsable de l’Agropôle olivier de Meknès, Maroc : « Les prévisions de début de campagne des opérateurs de la filière oléicole marocaine pour la production 2019-2020 étaient de moins de 30% de la production moyenne des 4 dernières années, soit 90.000 à 110.000 tonnes d’huile d’olive, pour une superficie oléicole actuelle de 1.070.000 ha. Ces chiffres ont été revus à la baisse en fin de campagne, avec une baisse de 40-50% par rapport à la production moyenne. Ainsi, la production prévue s’établit entre 80 à 85.000 tonnes. Bien que les conditions climatiques fussent favorables, la production n’a pas atteint le record de l’année dernière. Il s’agit d’une année d’alternance normale. Très bonnes qualités pour les récoltes précoces (Fruité intense). »

La production est beaucoup plus modeste dans des pays comme les États-Unis et la Libye qui pourraient atteindre 15 000 tonnes chacun ; l’Égypte : 25 000 tonnes ; tandis qu’Israël et la Palestine peuvent représenter 16 000 tonnes chacun. En outre, la France prévoit une récolte de 7 000 tonnes, tandis que la Croatie et l’Iran pourraient représenter chacun 5 000 tonnes. »

LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

L’article “Quel visage pour l’agriculture européenne de demain ? “ publié le 11/03/2020 par euronews nous dépeint les événements climatiques qui ont rythmés l’Europe cette dernière année : vague de froid qui a touché de plein fouet les oliviers en Italie, puis la sécheresse suivi de pluies diluviennes aux mois d’octobre et de novembre. D’après le magazine spécialisé Olive Oil Times How climate change has impacted the 2019 harvest ? l’Italie a perdu en 2018 près de 57 % de sa production d’olives. En 2019, c’était au tour de l’Espagne de subir une sécheresse qui a détruit 44 % de sa production.

Ces variations de températures, ces précipitations ou à l’inverse la sécheresse ont un impact direct sur le rendement des récoltes : la sécheresse qui affaiblit la floraison et la nouaison, la hausse des températures et l’avancée la date de récolte, ne laissent pas le temps aux cultures d’accumuler suffisamment de matière biologique et sont donc souvent moins abondantes, inondations et engorgement des sols peuvent être problématique pour la récolte ou l’ensemencement, l’apparition de nouveaux nuisibles et de nouvelles maladies.

Les conclusions de l’étude de HHFA, un cabinet de conseil (lien), sont implacables : si les pluies se sont accrues au nord de l’Europe, avec une augmentation allant jusqu’à 70 mm tous les dix ans depuis les années 1960, elles se sont raréfiées au sud, avec une réduction allant jusqu’à 90 mm tous les dix ans.

NE PAS PERDRE DE VUE

S’ADAPTER AUX CHANGEMENTS

En Toscane, le projet Agricultural Climate Advisory Services a exploité les prévisions climatiques du C3S pour prévoir l’impact des insectes nuisibles sur les oliviers dans le contexte de l’évolution des conditions climatiques. D’après ses conclusions, les hivers plus chauds favorisent la prolifération des nuisibles et menacent le rendement des oliviers : des informations qui pourraient bien aider les agriculteurs à ajuster leur mode de fonctionnement.

À Oporto, on effectue une taille supplémentaire pour décaler la phase de maturation du vin, la sélection de plants moins sensibles à la sécheresse ou à la chaleur, revoir la gestion de l’eau et de l’irrigation, la cultures de nouvelles cultures comme des fruits tropicaux en Sicile.

En Espagne, certains oléiculteurs utilisent le stress hydrique pour une irrigation plus efficiente et moins énergivore de l’olivier. Le COI a lancé dès 2009 un projet pilote intitulé Irrigaolivo qui a été mis en œuvre au Maroc et en Syrie à titre expérimental. Ce projet a eu pour objectif non seulement de démontrer les avantages de l’irrigation au goutte à goutte par rapport l’irrigation traditionnelle mais également d’expérimenter différents apports d’eau, a permis de conclure qu’une irrigation déficitaire, c’est-à- dire n’utilisant que 70 % des besoins hydriques de la plante, tout en maintenant la production et la qualité de l’huile.

L’EMPREINTE CARBONE

Lorsque nous parlons d’empreinte carbone, nous faisons référence au bilan des émissions des gaz à effet de serre (GES) tout au long du cycle de vie d’un produit, en équivalent carbone par unité déclarée. Différentes études scientifiques ont démontré que l’oléiculture avait des effets positifs sur l’environnement (biodiversité, amélioration des sols, barrière à la désertification, etc.) et que l’adoption de pratiques agronomiques adéquates permettait d’augmenter la capacité de fixation du CO2 de l’atmosphère dans les structures végétatives permanentes (la biomasse) et dans le terrain, l’effet puits de carbone (c’est-à-dire de séquestration de CO2) de l’olivier étant très supérieur aux émissions de GES pour produire une unité (un litre d’huile d’olive vierge).

Selon des études publiées jusqu’à présent, si le fait de produire un litre d’huile d’olive (vierge ou vierge extra) donne lieu à l’émission dans l’atmosphère de 1,5 kg de CO2-eq de moyenne tout au long du cycle de vie du produit, l’adoption de pratiques agronomiques pertinentes permet à l’olivier de fixer dans le sol une quantité d’environ 11.5 t CO2/ha/an (dans une oliveraie adulte semi intensive – 200 arbres/ha – avec un rendement agronomique moyen – 30 kg d’olives par arbre : moyennement 6 kg d’olives par un litre d’huile, avec un rendement moyen de 17%), donnant donc un bilan positif.

FAVORISER LA BIODIVERSITÉ

Bien que l’oliveraie a perdu une grande partie de sa biodiversité au cours des dernières décennies, elle abrite toujours une diversité remarquable de flore et de faune et peut-être plus important encore, elle a un grand potentiel pour la récupérer. Telle est la conclusion à laquelle sont parvenus une équipe de chercheurs de l’Université de Jaén et du Conseil supérieur de la recherche scientifique dans le cadre d’une étude réalisée dans le cadre du projet LIFE Olivares Vivos, coordonné par SEO / BirdLife.

« La découverte d’une nouvelle espèce de plante, dénommée Linaria qartobensis, dans l’une de ces oliveraies confirme les efforts déployés et témoigne de l’énorme importance de l’oliveraie pour la conservation de la biodiversité. Une force dont nous devrions tirer parti pour accroître la rentabilité de l’oliveraie et donner une nouvelle valeur à nos HOVE (huile d’olive vierge extra) », a ajouté Jose Eugenio Gutiérrez, délégué de SEO / BirdLife en Andalousie et coordinateur du projet Life Olivares Vivos.

Linaria qartobensis ©Gabriel Blanca

La biodiversité fournit des services écosystémiques (fertilité des sols, contrôle de l’érosion, parasites et maladies) qui, en eux-mêmes, améliorent la rentabilité de l’oliveraie, mais peuvent également augmenter la valeur ajoutée de sa production et génèrent des services environnementaux qui devraient être reconnus et valorisés dans les politiques agraires. L’oliveraie de miel est une polyculture d’oliviers et de plantes aromatiques qui exploite au mieux la terre et combat l’érosion. Entre autres la polyculture d’oliviers et d’autres plantes limite l’érosion, favorise la biodiversité et tire parti des terres non rentables entre les rangées d’oliviers.

 

Sources : Quel visage pour l’agriculture européenne de demain ?, Quel visage pour l’agriculture européenne de demain ?, L’augmentation des récoltes des pays méditerranéens compense le déclin de l’Espagne Posted By: World Olive Oil Exhibition, Oliveraie et Biodiversité, L’oléiculture face aux changements climatiques en Méditerranée par Francesco Serafini, Chef du département Environnement, Conseil oléicole international (COI) pour la COP22 qui s’est tenue au Maroc en 2016

5 commentaires

  1. Article du Olive Oil Times, juillet 2020 France’s Harvest Yield Lower Than Expected https://www.oliveoiltimes.com/production/frances-harvest-yield-lower-than-expected/83789
    Finalement la France qui avait prévu une hausse de sa production (ou du moins une stabilisation). France Olive a déclaré que le chiffre de production final se situerait entre 3 250 et 3 500 tonnes, soit nettement inférieur au rendement de 5 900 tonnes attendu au début de la récolte.

Répondre à Mohsen Hanana Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *