Huile d’olive au Japon : Shōdoshima, une petite île au cœur de l’histoire oléicole japonaise

Le Japon est loin d’être une grande puissance oléicole. Pourtant, depuis plus d’un siècle, des producteurs s’efforcent d’y cultiver l’olivier et d’en extraire une huile de qualité. Au cœur de cette histoire, Shōdoshima, petite île de la mer intérieure de Seto, dans la préfecture de Kagawa, est devenue le symbole de l’oléiculture japonaise.

Lors de mon voyage au Japon en octobre dernier, j’ai souhaité comprendre ce qui se cache derrière cette production confidentielle : quelle est sa place dans l’agriculture japonaise ? Quelle quantité d’huile produit réellement le pays ? Comment évoluent les importations et la consommation ? Et surtout, comment les producteurs japonais envisagent-ils l’avenir de leur filière ?

Mes rencontres avec le Shōzu Olive Research Institute, Kōdai Takao de Takao Farm et Tada, à Tokyo, autour du concours OLIVE JAPAN, m’ont permis d’aborder ces questions sous trois angles : la recherche, la production et la valorisation de la qualité.

Shōdoshima, plus d’un siècle d’histoire oléicole

Au Japon, l’huile d’olive n’a pas l’histoire qu’elle possède dans le bassin méditerranéen. Pourtant, son histoire y remonte à plus d’un siècle.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le Japon cherche à développer de nouvelles cultures agricoles. L’huile d’olive est notamment envisagée pour ses usages alimentaires et industriels. Les essais de culture lancés en 1908 conduisent à retenir Shōdoshima, parmi les territoires favorables à l’olivier: un climat plus doux que dans une grande partie de l’archipel et une situation abritée dans la mer intérieure de Seto.

La culture ne s’est toutefois pas imposée sans difficultés. Le climat japonais est généralement plus humide que celui des grandes régions oléicoles méditerranéennes. Les pluies, les maladies, les ravageurs et les contraintes de conduite des vergers constituent des défis importants.

L’olivier a néanmoins trouvé sa place dans le paysage et dans l’identité de Shōdoshima. Aujourd’hui, l’île associe oléiculture, transformation, produits dérivés et tourisme. L’huile d’olive y est à la fois un produit agricole et un marqueur territorial. La filière locale mélange l’artisanat d’art avec des procédés aussi délicat que la cérémonie du thé, la qualité comme ligne directrice et une île transformée en parc thématique autour l’olivier et de l’huile d’olive avec un jardin conservatoire, un parc thématique au connotations grecques, l’olive line ferry, des personnages mangas aux allures de la Grèce antique, de la glace à l’huile d’olive, … Je n’ai jamais rien vu de tel!

Pour approfondir cette histoire, deux articles de Jus d’Olive constituent un point de départ utile :
Histoire ancienne et moderne de l’huile d’olive au Japon
L’huile d’olive japonaise : quand la passion l’emporte sur la raison

En 2025, le district de Shōzu, qui comprend Shōdoshima et Tonoshō, comptait environ 150 hectares d’oliveraies. À l’échelle de la préfecture de Kagawa, la superficie atteignait 228 hectares. La préfecture de Kagawa représenterait environ 86 % de la production japonaise d’huile d’olive, et la zone de Shōdoshima environ 71 %.

Shōdoshima : une production confidentielle

La production mondiale d’huile d’olive se compte en millions de tonnes. Selon le Conseil oléicole international (COI), elle a atteint environ 2,59 millions de tonnes en 2023/2024, 3,57 millions en 2024/2025 et 3,44 millions de tonnes en 2025/2026.

À cette échelle, la production japonaise est minuscule.

À titre indicatif, Kazuya Kinoshita, chercheur au Shōzu Olive Research Institute, m’a communiqué en octobre 2026 des estimations de production pour 2024 : environ 51,6 tonnes pour le Japon, dont 44,4 tonnes pour la préfecture de Kagawa et 36,6 tonnes pour la zone de Shōdoshima.

Ces chiffres m’ont été transmis directement par le chercheur et n’ont pas été publiés par lui. Ils sont donc à considérer comme des estimations communiquées à l’occasion de cet échange, et non comme des données statistiques officielles.

Ces chiffres sont des estimations communiquées par le chercheur. Le COI, dans son bilan de la campagne 2023/2024, affiche une production japonaise de 0,0 millier de tonnes : cela ne signifie pas que le pays ne produit rien, mais que son volume est trop faible pour apparaître précisément dans un tableau arrondi au millier de tonnes.

En guise de comparaison, L’Espagne a produit en 2024/2025 1 419 000 tonnes, la France 5 721 tonnes et le Japon 51,6 tonnes.
La France produit environ 111 fois plus d’huile d’olive que le Japon, et l’Espagne environ 27 500 fois plus.

Pour développer la production, le Shōzu Olive Research Institute a développé 2 nouvelles variétés (la Kaori nº 3 destinée aux olives de table et la Kaori nº5 pour l’huile d’olive) résistantes à l’anthracnose de l’olive, une maladie fongique qui se plaît dans le climat humide de l’île et fait des ravages sur les rendements  https://www.researchgate.net/publication/286545588_Olive_anthracnose. 

Kaori nº 3, variété développée par la préfecture de Kagawa, également utilisée pour les olives de table.
Kaori nº 3, variété développée par la préfecture de Kagawa, également utilisée pour les olives de table.

 

Olives de table de la variété Kaori nº 3, développée par la préfecture de Kagawa.
Olives de table de la variété Kaori nº 3, développée par la préfecture de Kagawa.

Les producteurs -quant a eux- malgré de petites exploitations et un coût de revient prohibitif, continuent de chercher des solutions pour mécaniser une récolte manuelle (ressemble à la récolte des olives de table), la plupart disposent de leur propre moulin, accueillent des groupes de touristes et des étudiants pour divulguer la culture de l’olive. J’ai rencontré Koudai, fils de Takao, une huile d’olive premium récoltés a début octobre et textraite par centrifugation avec beaucoup de maîtrise et de délicatesse.

Takao Farm : la réalité d’une exploitation familiale

À Takao Farm, j’ai rencontré Kōdai Takao, dont l’exploitation illustre bien le caractère artisanal de la production locale.

La ferme compte environ 1 000 oliviers. Les informations recueillies sur place font état d’une récolte d’environ 6,7 tonnes d’olives et d’une production de l’ordre de 500 litres d’huile.

La récolte est manuelle et les fruits sont triturés rapidement après leur cueillette. Cette organisation permet de maîtriser les étapes essentielles de la transformation, mais elle mobilise du temps et de la main-d’œuvre.

Le verger est principalement composé de Lucca et de Mission, auxquelles s’ajoutent notamment la Nevadillo Blanco, la Kalamata, Manzanilla et Taggiasca. Cette diversité variétale offre des possibilités de comparaison et d’adaptation, mais elle exige également une bonne connaissance des caractéristiques agronomiques et sensorielles de chaque variété.

Lors de la dégustation, les huiles de Lucca, Manzanilla et Nevadillo Blanco présentaient des profils distincts. Certaines exprimaient des notes végétales, d’amande fraîche et de feuilles, avec une ardence marquée et une amertume plus ou moins perceptible. Ces observations sont celles de la dégustation réalisée sur place : elles ne doivent pas être généralisées à l’ensemble des huiles japonaises.

Takao Farm montre ainsi que l’enjeu n’est pas seulement de produire davantage, mais de maîtriser la récolte, l’extraction par centrifigation et la commercialisation d’une huile dont les volumes sont faibles et dont la valeur repose largement sur l’identité de l’exploitation.

récolte manuelle d'olives au Japon

oliveraie au japon, de la famille Takao

variété lucca au Japon

moulin minimal au japon

 

Le marché de l’huile d’olive au Japon,

Un marché où l’on importe 90%

Pour l’année civile 2024, la base UN Comtrade, consultable via la plateforme WITS de la Banque mondiale, comptabilise 44 401 tonnes d’importations.
L’Espagne et l’Italie comme les deux principaux fournisseurs du Japon. Elles représentent ensemble près de 90 % du volume d’huiles vierges importées cette année-là.

Le pays dispose de deux concours internationaux qui prouvent de l’intérêt pour les producteurs d’exporter leurs huiles vers ce marché haut de gamme.

Une consommation encore faible par habitant

Selon le COI, la consommation japonaise d’huile d’olive se situe autour de 0,4 kg par habitant et par campagne.

Entre intérêt pour la qualité et pression sur les prix

Le marché japonais des huiles alimentaires est influencé par plusieurs tendances : l’évolution des habitudes alimentaires, l’intérêt pour les produits perçus comme plus qualitatifs et « sains » et les contraintes économiques.

Une étude de marché publiée par Agriculture et Agroalimentaire Canada en 2025, fondée notamment sur des données Euromonitor, décrit un marché japonais sous pression depuis plusieurs années. Les huiles de colza et de soja restent des produits courants, tandis que l’huile d’olive et l’huile de sésame occupent notamment un positionnement plus haut de gamme auprès de certains consommateurs.

Selon cette étude, la valeur des ventes au détail d’huile d’olive au Japon est estimée à 332 millions de dollars américains en 2024, soit environ 22 % de la valeur du marché des huiles alimentaires étudiées. Après plusieurs années de recul, elle aurait progressé de 3,4 % en valeur entre 2023 et 2024.

L’étude souligne aussi que la hausse des prix incite certains consommateurs à se tourner vers des huiles moins coûteuses ou des mélanges. L’huile d’olive doit donc concilier son image qualitative avec son prix, dans un marché où les consommateurs restent attentifs à leur budget.

https://agriculture.canada.ca/en/international-trade/reports-and-guides/sector-trend-analysis-cooking-oil-trends-japan

Quel avenir pour l’huile d’olive japonaise ?

La filière de Shōdoshima fait face à plusieurs défis : stabiliser les récoltes, renouveler les vergers, transmettre les savoir-faire et valoriser les huiles produites localement.

La commune de Shōdoshima a d’ailleurs lancé un projet visant à renforcer la place de l’île dans l’oléiculture japonaise. Son programme met notamment l’accent sur la recherche agronomique, la formation des producteurs, l’amélioration de la qualité des fruits, la valorisation des huiles.

L’huile d’olive japonaise reste un produit de niche. Mais cette petite échelle peut aussi être une force : elle permet de raconter une origine, de mettre en avant le travail du producteur et de proposer des huiles singulières.

Shōdoshima ne deviendra probablement pas une grande région productrice à l’échelle mondiale. Son intérêt réside ailleurs : dans la manière dont une filière agricole a su s’implanter dans un environnement difficile, construire une identité territoriale et chercher sa place dans la culture gastronomique japonaise.

C’est peut-être là que se trouve le véritable avenir de l’huile d’olive japonaise : non pas dans la course aux volumes, mais dans la capacité à produire des huiles de qualité, à transmettre les savoir-faire et à faire comprendre aux consommateurs ce qui distingue une huile locale d’un produit importé.

Photos

Sources

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *