Tour d’horizon de la récolte d’huile d’olive 2017-2018

Olives du Liban

Comment s’est déroulée la dernière récolte d’huile d’olive? Quelles ont été les conditions climatiques de 2017 et ces conditions ont-elles impacté la production et la qualité des huiles d’olive? La campagne 2017-2018 a débuté pour certains dès le mois d’octobre et s’est étendue jusqu’au mois de janvier pour les producteurs d’huiles d’olive vierges. Au delà du mois de février il est plus compliqué de produire une huile d’olive qui pourra être classée dans la catégorie vierge extra; Le taux d’acidité et les qualités sensorielles et nutritives ne sont plus garanties pour l’hémisphère Nord au delà de ces dates. Connaissez-vous les différents types d’huile d’olive présents sur le marché? 

Nous sommes allés en France: En Corse, chez le producteur de la Magnanerie à l’Orgnac-Aven, et au Moulin des moines dans le Vaucluse, en Espagne près d’Albacete, en Toscane chez la productrice de Le Amantine, en Tunisie avec le producteur de Hovea, chez Chris&olive et LIÁ dans le sud du Péloponnèse en Grèce, dans l’Allto Douro au Portugal et au Liban.

La campagne 2017-2018 en chiffres

La production mondiale d’huile d’olive pour la campagne 2017/18 est estimée à 2 894 000 t, selon les derniers chiffres envoyés par les pays. Elle serait supérieure de 14 % à celle de la campagne précédente.

Les pays membres de l’UE enregistreraient une production totale 1 805 000 t, soit + 3 % par rapport à la campagne antérieure. L’Espagne reste en tête, avec une production estimée de 1 090 500 t (- 15 %), suivie de l’Italie avec 320 000 t (+ 76 %), de la Grèce avec 300 000 t (+ 54 %), et du Portugal avec 78 800 t (+ 14 %). Les autres pays producteurs ayant des volumes plus faibles. En france?

Pour les autres pays producteurs d’huile d’olive, la production a augmenté de plus de 51 % par rapport à la campagne antérieure. Les principales augmentations ont eu lieu en Turquie, avec 287 000 t, soit + 62 %, suivie de la Tunisie, avec une production de 220 000 t (+ 120 %), du Maroc, avec 140 000 t (+ 27 %), de l’Algérie, avec 80 000 t (+ 27 %), de l’Argentine, avec 37 500 t (+ 74 %), de la Jordanie et de l’Égypte avec une production de 25 000 t (soit + 25 %), de la Libye avec 18 000 t (+ 12 %) et d’Israël, avec 16 000 t (+ 7 %), alors que la production du Liban diminuerait de 8 %, avec 23 000 t.

2017, une année marquée par la chaleur et la sécheresse

La récolte du pourtour méditerranéen

Le champion en terme de volume a été cette année la Tunisie. Selon le ministère Tunisien de l’Agriculture, la production tunisienne d’huile d’olive a atteint, cette saison, une quantité variant entre 260 et 280 mille tonnes, enregistrant ainsi une progression de près de 160% par rapport à la saison écoulée. Amin de la marque Hovea nous explique:  » L’année 2017 à débuté en Tunisie par une pluviométrie importante entre Janvier et Avril. Suivie d’une longue période de sécheresse jusqu’à septembre. Heureusement que fin septembre, début octobre, des pluies sont venu rattraper le déficit en eau. Cela a permis d’augmenter la masse de l’olive jusqu’à mi- novembre. La période de maturité des olives cette année était comprise entre mis novembre et fin décembre. »

Pour Dominique Viard, producteur de l’huile Vale douro dans l’Allto Douro au Portugal, qui a récolté entre le 16 novembre et le 7 janvier, la récolte a été satisfaisante  d’un point de vue qualitatif avec déjà trois labels européens décrochés, malgré une année très sèche (12mm depuis novembre). De plus, les oliveraies ayant une situation géographique des plus hautes d’Europe, il n’y a eu aucune maladie.

Un olivier en Tunisie
Un olivier au Portugal

Pour les oliveraies de Chris&Olive qui se situent dans la Région vallonnée de Messinia au sud du Péloponnèse en Grèce, à deux semaines de la récolte de leur fruité vert, les olives étaient toutes petites et sans arrosage la récolte semblait risquée. Heureusemnet il aura fallu quelques jours de pluie au mois de novembre pour que les olives deviennent bombées et de taille normale.
Aucune maladie, aucun parasite pour cette récolte qui a eu lieu entre le 5 et le 25 novembre 2018 sous 20ºC. Pour ceux qui ont continué à récolter après cette date, la pluie a perturbé la récolte au mois de décembre avec beaucoup de retard du côté des moulins, pour très peu de récolte.  Lors de la reprise au mois janvier, les olives étaient déjà très mûres.

Les oliveraies de LIÁ sont également dans cette région de la Messinia. C’est la deuxième région productrice d’huile d’olive en Grèce. Selon les données officielles la production 2017 aurait été une grande année avec 26.000 tonnes. Il n’y pas eu d’attaques du dakus olearia ou Gloeosporium olivarum comme Cristina et sa famille ont eu en 2016. Le manque de pluie du mois de septembre a quelque peu stressé les producteurs car les fruits avaient besoin de plus de temps pour arriver à bonne maturité, mais les pluies du mois d’octobre ont amélioré la situation des arbres. LIÁ a commencé sa récolte à la fin du mois d’octobre; Elle s’est étalé jusqu’au début de décembre. La qualité des fruits arrivés au moulin a été très bonne avec une acidité très faible inférieur à 0,25%.

Dans la région d’Hellín en Espagne, on retrouve ce manque de pluie. L’année 2017 a été spécialement sèche. La région n’a même pas atteint les 250L/m2. Dans la classification climatique, les climats désertiques et/ou arides ont des précipitations en dessous de 250 ml/m2. Juan Olivares producteur de l’huile d’olive Pago de Peñarrubia nous explique les conséquences: « Le manque d’eau a compliqué la récolte. On a dû arroser pour pouvoir maintenir la production. Nous avons eu cette année, plus de nuisibles ((Margaronia unionalis et la mouche de l’olive), j’imagine dû aux températures favorables et à l’humidité apporté par l’arrosage, il faut être plus attentif (L’oliveraie est en conversion écologique)« . La récolte a été moyenne en quantité mais bonne au niveau sensoriel pour les olives récoltées avant le 14 novembre, date qui marque la première nuit de gel qui s’est prolongée jusqu’au dernier jour de leur récolte.

Photo prise le 15 novembre 2017 à 9h30 du matin. Les tuyaux pour l’arrosage se sont cassés avec le gel.

Pour Marina de Le Amantine (Toscane, Italie) le printemps déjà a été particulièrement chaud et fin avril ils ont commencé à irriguer, et malgré cela il y a eu un tiers de production en moins. La sécheresse a empêché ce qu’on appelle en italien “allegagione”, c’est à dire le passage de la fleur en fruit, d’où la moindre production pour les oliveraie qui n’ont pas bénéficié d’eau. Une année donc assez désastreuse…

En Tosacne, Italie.

Pour Charbel au Liban, l’année a été moyenne, car durant la floraison au mois de mai il y a eu un peu d’eau. Au Liban, il ne pleut presque pas de juin à fin septembre, voir fin octobre comme cette année et la plupart des oliveraies sont non irriguées. Quand le jour de la récolte est arrivé le 29 octobre il a fallu attendre à cause de la pluie. Mais le résultat a été bon: « J’ai dû attendre le 4 novembre mais je ne suis pas mécontent avec des degrés d’acidité de 0.2 à 0.3º.
Le point positif sont les températures supérieures à 30 degrés en juillet et en Août qui protègent de la mouche.

La récolte 2017 française

En Corse, la campagne 2017/2018 n’est pas encore tout à fait terminée car les variétés d’olive sont tardives. L’année 2017 a connu des conditions hydriques anormalement sèches durant une longue période allant de la sortie d’hiver à la fin d’été. Suite à la forte sécheresse qui a sévi en 2017, le verger oléicole présente un déficit de production conséquent : Les conditions météorologiques et le déficit hydrique ont induit un stress important des arbres et une chute très conséquente des fruits.

On peut lire ces constats sur le Bulletin de santé du végétal en Corse

Ce climat a eu pour conséquence : une maturité précoce des olives et globalement des stades physiologiques en avance par rapport à la normale et des difficultés nutritionnelles pour les oliviers dues à des sols très secs conjugués à une forte demande hydrique (sécheresse + températures élevées + vent). On note tout de même des effets positifs (quantitatifs et qualitatifs) dus à ce climat sec et chaud l’été puis frais et sec à l’automne : le rendement en huile était élevé dès les premières récoltes et la pression parasitaire moindre qu’à l’accoutumée, tant au niveau de la mouche de l’olive que de maladies cryptogamiques automnales comme l’œil de paon.

Pour Éric Martin de la Magnanerie à Orgnac-Aven 2017 a été plutôt réussi: « Au domaine nous avons eu 15mm de pluie de début mai à mi novembre. On a commencé la récolte le 25 septembre avec 10 jours d’avance. On a eu un stress hydrique important, mais une belle récolte, avec un rendement plus élevé que d’habitude (moins d’eau dans les fruits). Niveau sensoriel, l’huile présente une belle amertume, un peu moins d’ardence (par rapport à des années plus humides), et des notes de sève et d’agrumes (sur bouteillan). Les moulins ont fait le plein mais ont terminé la campagne plus tôt. Ceux qui ont ramassé tard ont perdu un peu de récolte ou ont eu des huiles avec des notes sèches type bois, foin sec. »

Cette année, la campagne 2017 du Moulin des Moines (Abbaye Sainte-Madeleine) dans le Vaucluse s’est déroulée dans de très bonnes conditions : un climat parfait pour la récolte en octobre et novembre, des olives saines et beaucoup d’huile. La chaleur de l’été 2017 a eu l’avantage de nettoyer les vergers des parasites : le moulin a eu en effet des olives très saines, sans dégât de mouche. Mais la sécheresse et le manque d’eau ont eu pour certains producteurs l’inconvénient de réduire considérablement la récolte. L’irrigation devient un incontournable de l’oléiculture.

 

 

[Source: Lettre d’information IOC novembre 2017, Les chiffres clés de la production d’huile d’olive, Lettre d’information nº3 du Moulin des Moines- Abbaye Sainte-Madeleine. Un grand merci à tous les producteurs pour avoir répondu et partagé avec enthousiasme leurs ressenti sur la récolte 2017]

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